Le 12 novembre 2012
La croisade du pèlerin
Il y a quelques jours, par une froide
matinée d'automne, je me suis mis en quête d'un étang qui était
sensé égayer ma matinée par la présence de nombreuses espèces
d'anatidés, caractéristiques des premiers froids. Arrivé sur
place, je constatais rapidement que le niveau de l'eau était au plus
bas, découvrant ainsi les berges sur une vingtaine de mètres. Ces
berges en pente douce mises à nu constituaient de véritables
vasières qui faisaient le tour de l'étang. Ces étendues étaient
peuplées de pluviers dorés en phase inter-nuptiales ainsi que de
vanneaux pour une encore plus forte proportion.
Malheureusement, très peu de canards
étaient si ce n'est les traditionnels canards colverts appuyés par
quelques dizaines de canards souchets. Pas un canard siffleur, ni
même une sarcelle d'hiver et encore moins de canard pilet...Ma
déception était relativement grande jusqu'à ce que j'entraperçois
à travers le rideau d'arbres bordant l'étant une multitude de
grands échassiers: des hérons cendrés, des grandes aigrettes, des
aigrettes garzettes et même deux spatules blanches, dont une
semblant baguée. Je décidais de tout de même tenter l'aventure et
poursuivais mon chemin vers l'observatoire.
Arrivé à l'observatoire, seule une
personne était présente, un habitué tout comme moi. Après
quelques échanges courtois et blagues aviaires incompréhensibles
pour les non initiés, on se mis à scruter l'horizon à travers les
longues-vues. Les grands échassiers nous offraient un spectacle
étonnant sur tout l'étant capturant sans relâche de petits
poissons piégés par la faible profondeur d'eau. Les grosses carpes
étaient alors délaissées par les grands échalas au profit de
proies plus accessibles.
Les limicoles quant à eux allaient et
venaient le long des plages boueuses sur le pourtour de l'étang. Par
moments, un pluvier s'affole et fait s'envoler le reste de la
colonie, sans réelle raison, pour se reposer quelques mètres plus
loin, modifiant ainsi le paysage sonore des abords de l'observatoire.
Une très légère brume commençait a
se lever sur l'étang et ses alentours marécageux, agissant comme un
filtre lumineux.
Les aigrettes et les hérons allaient
et venaient d'un bout de l'étang à l'autre, recherchant le meilleur
endroit pour pêcher. Ils faisaient mouche presque à tout les coups,
extirpant un petit poisson scintillant des eaux boueuses de l'étang.
Le piège était imparable, plus le niveau d'eau baissait, mois la
surface disponible pour les poisson était grande. Les échassiers
semblaient pêcher dans un chalut déjà bien remplit.
Tout à coup, un nuage de limicole
s'éleva dans le ciel, environ quatre cent vanneaux huppés et près
de deux cent cinquante pluviers dorés. Ils s'envolèrent tous dans
le même sent, le nuage d'oiseaux semblait tourner sur lui même. La
totalité des petits oiseaux de la vasière s'étaient envolés. Nous
étions sûr, un rapace venait de faire son apparition sur le bord de
l'étang.
Après quelques secondes de recherche à
la longue-vue nous permettent de localiser une forme volant à très
grande vitesse sur un côté de l'étang. Après quelques acrobaties,
l'oiseau daigne enfin se poser dans une rangée de peupliers. Il
choisit pour perchoir une branche morte dominant toutes les autres,
comme une tour de guet sur les murailles dominant la plaine.
L'identification ne durera pas plus de
quelques secondes: un oiseau massif au ventre clair rayé de noir et
le dos couleur ardoise. Un indice nous permet d'être définitivement
sûr: la moustache noire très épaisse sur la joue. Ce ne peut être
qu'un faucon pèlerin. Rares sont les oiseaux capables de créer un
vent de panique si important sur un étang, au point de le vider
entièrement de ses potentielles proies.
Il est là majestueusement perché sur
sa grosse branche morte, scrutant l'horizon. De nerveux coups de tête
dans toutes les directions commencent déjà à trahir sa nervosité.
A peine quelques dizaines de secondes après son arrivée, une pie
bavarde vient le harceler. La pie se tient à moins d'un mètre du
rapace, elle semble vouloir défier le faucon. Une seconde pie, puis
quelques minutes après, cinq pies se mettent à harceler le rapace,
voletant au dessus de lui, sautant de branche en branche.
Les corvidés finissent par se lasser
et laissent le rapace vaquer à ses occupations. Il entame alors une
longue séance de toilettage, remettant ses plumes en place,
nettoyant ses serres avec son imposant bec. Le toilettage durera près
d'un quart d'heure, entrecoupé par de rapides mouvements de tête
pour scruter les potentiels assaillants.
Entre temps, de nouvelles bandes de
vanneaux huppés et pluviers s'étaient posés sur les berges à nu
de l'étang. Le faucon pèlerin les observait se nourrir de façon
insouciante sur les vasières, en pensant au petit déjeuner qui
l'attendais quelques mètres plus bas.
Le faucon semble attendre que la méfiance des nouveaux limicoles,
fraichement arrivés sur l'étang, diminue. L'effet de surprise
pourrait être énorme, du fait de son poste d'observation situé à
quelques cinquante mètres des premiers oiseaux. Les coups de tête
nerveux pour surveiller les pies sont de plus en plus fréquents.
Tout à coup son agitation se fait beaucoup plus importante. Je vois
à ce moment là, une buse variable traverser le champs de la
longue-vue. Le second rapace est passé sûrement à moins de deux
mètres du faucon, sans que ce dernier ne daigne s'envoler, malgré
la grosse différence de taille.
Finalement, aucune attaque ne sera
faite ce matin là, préférant prendre soin de son plumage plutôt
que remplir son estomac.
L'observation dura tellement longtemps,
qu'il était temps pour moi de rentrer, il était encore là
fièrement et discrètement perché sur sa grande branche morte.
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