dimanche 18 novembre 2012

La croisade du pèlerin


Le 12 novembre 2012
La croisade du pèlerin



Il y a quelques jours, par une froide matinée d'automne, je me suis mis en quête d'un étang qui était sensé égayer ma matinée par la présence de nombreuses espèces d'anatidés, caractéristiques des premiers froids. Arrivé sur place, je constatais rapidement que le niveau de l'eau était au plus bas, découvrant ainsi les berges sur une vingtaine de mètres. Ces berges en pente douce mises à nu constituaient de véritables vasières qui faisaient le tour de l'étang. Ces étendues étaient peuplées de pluviers dorés en phase inter-nuptiales ainsi que de vanneaux pour une encore plus forte proportion.
Malheureusement, très peu de canards étaient si ce n'est les traditionnels canards colverts appuyés par quelques dizaines de canards souchets. Pas un canard siffleur, ni même une sarcelle d'hiver et encore moins de canard pilet...Ma déception était relativement grande jusqu'à ce que j'entraperçois à travers le rideau d'arbres bordant l'étant une multitude de grands échassiers: des hérons cendrés, des grandes aigrettes, des aigrettes garzettes et même deux spatules blanches, dont une semblant baguée. Je décidais de tout de même tenter l'aventure et poursuivais mon chemin vers l'observatoire.
Arrivé à l'observatoire, seule une personne était présente, un habitué tout comme moi. Après quelques échanges courtois et blagues aviaires incompréhensibles pour les non initiés, on se mis à scruter l'horizon à travers les longues-vues. Les grands échassiers nous offraient un spectacle étonnant sur tout l'étant capturant sans relâche de petits poissons piégés par la faible profondeur d'eau. Les grosses carpes étaient alors délaissées par les grands échalas au profit de proies plus accessibles.
Les limicoles quant à eux allaient et venaient le long des plages boueuses sur le pourtour de l'étang. Par moments, un pluvier s'affole et fait s'envoler le reste de la colonie, sans réelle raison, pour se reposer quelques mètres plus loin, modifiant ainsi le paysage sonore des abords de l'observatoire.
Une très légère brume commençait a se lever sur l'étang et ses alentours marécageux, agissant comme un filtre lumineux.
Les aigrettes et les hérons allaient et venaient d'un bout de l'étang à l'autre, recherchant le meilleur endroit pour pêcher. Ils faisaient mouche presque à tout les coups, extirpant un petit poisson scintillant des eaux boueuses de l'étang. Le piège était imparable, plus le niveau d'eau baissait, mois la surface disponible pour les poisson était grande. Les échassiers semblaient pêcher dans un chalut déjà bien remplit.
Tout à coup, un nuage de limicole s'éleva dans le ciel, environ quatre cent vanneaux huppés et près de deux cent cinquante pluviers dorés. Ils s'envolèrent tous dans le même sent, le nuage d'oiseaux semblait tourner sur lui même. La totalité des petits oiseaux de la vasière s'étaient envolés. Nous étions sûr, un rapace venait de faire son apparition sur le bord de l'étang.
Après quelques secondes de recherche à la longue-vue nous permettent de localiser une forme volant à très grande vitesse sur un côté de l'étang. Après quelques acrobaties, l'oiseau daigne enfin se poser dans une rangée de peupliers. Il choisit pour perchoir une branche morte dominant toutes les autres, comme une tour de guet sur les murailles dominant la plaine.
L'identification ne durera pas plus de quelques secondes: un oiseau massif au ventre clair rayé de noir et le dos couleur ardoise. Un indice nous permet d'être définitivement sûr: la moustache noire très épaisse sur la joue. Ce ne peut être qu'un faucon pèlerin. Rares sont les oiseaux capables de créer un vent de panique si important sur un étang, au point de le vider entièrement de ses potentielles proies.
Il est là majestueusement perché sur sa grosse branche morte, scrutant l'horizon. De nerveux coups de tête dans toutes les directions commencent déjà à trahir sa nervosité. A peine quelques dizaines de secondes après son arrivée, une pie bavarde vient le harceler. La pie se tient à moins d'un mètre du rapace, elle semble vouloir défier le faucon. Une seconde pie, puis quelques minutes après, cinq pies se mettent à harceler le rapace, voletant au dessus de lui, sautant de branche en branche.
Les corvidés finissent par se lasser et laissent le rapace vaquer à ses occupations. Il entame alors une longue séance de toilettage, remettant ses plumes en place, nettoyant ses serres avec son imposant bec. Le toilettage durera près d'un quart d'heure, entrecoupé par de rapides mouvements de tête pour scruter les potentiels assaillants.
Entre temps, de nouvelles bandes de vanneaux huppés et pluviers s'étaient posés sur les berges à nu de l'étang. Le faucon pèlerin les observait se nourrir de façon insouciante sur les vasières, en pensant au petit déjeuner qui l'attendais quelques mètres plus bas.
Le faucon semble attendre que la méfiance des nouveaux limicoles, fraichement arrivés sur l'étang, diminue. L'effet de surprise pourrait être énorme, du fait de son poste d'observation situé à quelques cinquante mètres des premiers oiseaux. Les coups de tête nerveux pour surveiller les pies sont de plus en plus fréquents. Tout à coup son agitation se fait beaucoup plus importante. Je vois à ce moment là, une buse variable traverser le champs de la longue-vue. Le second rapace est passé sûrement à moins de deux mètres du faucon, sans que ce dernier ne daigne s'envoler, malgré la grosse différence de taille.
Finalement, aucune attaque ne sera faite ce matin là, préférant prendre soin de son plumage plutôt que remplir son estomac.
L'observation dura tellement longtemps, qu'il était temps pour moi de rentrer, il était encore là fièrement et discrètement perché sur sa grande branche morte.

Cette observation qui pourrait paraître banale dans certaines régions est ici assez extraordinaire du fait de la rareté du rapace dans notre département. Il semble néanmoins avoir élu domicile proche de l'étang.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire