La loutre du val d'hium
Lors d'une après-midi de prospection, sur les traces de la
loutre d'Europe, nous étions en chemin vers un gros ruisseau d'une petite
vallée bretonne. Arrivés sur place, l'eau coulait en abondance dans le ruisseau
tandis que les pluies de la semaine avaient fait gonfler le lit du cours d'eau.
Les jeunes feuilles vertes commençaient à sortir de leur état de bourgeon. La
lumière tamisée par ce léger couvert végétal alternait avec les périodes de
temps plus nuageux. Nous cherchions des traces de présence de la loutre, dans
chaque recoin du ruisseau, sans pour autant avoir l'espoir de voir quoique ce
soit. La configuration des lieux nous indiquait une potentielle présence de cet
animal. De nombreuses épreintes semblaient joncher les troncs à moitiés
immergés dans la rivière.
Nous avons fini par trouver une épreinte qui pouvait
correspondre à celle d'une loutre, là, perchée sur un tronc de cèdre bleu
coupant de toute sa longueur le ruisseau. Il avait dû tomber à la faveur d'un
coup de vent hivernal.
Nous n'avions plus qu'à tirer au sort pour aller chercher
notre butin pour l'analyser. Le sort me jugea plus apte à cela... Après moult
acrobaties et cascades périlleuses, je finis par franchir les deux mètres de
tronc qui me séparaient de la potentielle épreinte de loutre.
A peine accroupi pour ramasser la preuve que nous entendîmes
sur la berge opposée un remue-ménage dans les broussailles qui bordaient le
ruisseau. Là, sur une pierre volcanique rouge, se tenait une loutre d'Europe,
encore trempée de ses baignades successives. Elle semblait aussi étonnée que
nous. Ses grands yeux verts nous fixaient comme pétrifiés.
La surprise passée, elle coula rapidement dans le ruisseau
trop peu profond pour la cacher entièrement.
Je fis rapidement volte-face sur mon tronc et sans même nous
concerter, nous décidions de la suivre pour pouvoir mieux l'observer. Son
énorme queue d'une cinquantaine de centimètres de longueur ondulait dans l'eau
à la façon d'un serpent. Nous la suivions d'un pas décidé, à quelques distances
de la berge sans pour autant la perdre des yeux. Elle avançait avec une
incroyable fluidité, laissant de temps en temps apparaitre sa nageoire dorsale.
Elle stoppa net à quelques encablures d'un petit déversoir
constitué par des pierres amoncelée sur toute la largeur du cours d'eau. Un
animal venait de sauter de façon très agile sur les rocher entourés de fils de
fers barbelés. Cette attitude féline et ses légers reflets violacés ne
pouvaient laisser aucune place au doute, il s'agissait bien d'un Lynx. Ses
griffes d'une trentaine de centimètres nous renvoyaient un reflet métallique.
La loutre n'eut même pas le temps de faire demi-tour que les griffes du lynx
l'avaient déjà sorti de l'eau. Il acheva la bête en lui broyant la nuque de son
bec acéré.
Nous restions pétrifiés devant ce spectacle ahurissant. Le
temps s'obscurci d'un seul coup, comme si une éclipse était en train de se
produire. Le lynx dévorait déjà les entrailles de la loutre quand un géant
arriva derrière nous et se précipita au milieu du torrent ensanglanté. Dans un
éclair de lumière, un ours polaire muni d'une épée trancha en deux le lynx,
puis le jeta en contre-bas de la falaise. Il venait de mettre un terme au
conflit opposant le lynx à la loutre. Le pelage couvert de sang, étonnement
bleu, il se mit à faire des roulades dans le fleuve où sautaient des silures
l'applaudissant de leur bec vert.
Mon compagnon d'aventure me tira par l'épaule de ses longues
pinces tordues et me secoua vivement pour me montrer... Quoi?
-"ça va?"
-"la loutre et le lynx sont mort!"
Mon acolyte de sortie me dit très curieusement:
-"Monsieur... Réveillez-vous..."
Quand tout à coup, je finis par ruminer quelques
syllabes:"Hmmm, Hmmm, Hmmm, qu'est ce qu'il me veut encore celui-là..."
Mon copain se transforma très progressivement en une dame
toute blanche vêtue se penchant sur moi avec une petite boite ronde à la main
-"Monsieur, avez-vous bien pris tous vos médicaments ce
matin?"
-"Hmmm, Hmn, Hn, qu'est ce qu'il se passe?"
-"C'est l'heure de la promenade, mais pas avoir pris
votre dose de neuroleptiques... Le docteur vous l'a bien dit, c'est pour votre
bien..."

Ah Aaahhhh!!!!! Mort de rire.
RépondreSupprimerJe me suis posé quelques questions au troisième paragraphe.
Excellent!
L'inspiration vient en se promenant dans les endroits enchantés...
RépondreSupprimerCa faisait longtemps que je voulais écrire un truc dans ce genre, mais faudrait dévelloper sur plus de longueur.